Saisons et Calendrier

Le potager en septembre : ce qu'il reste à semer et ce qu'il faut préparer

Semis d'automne encore possibles, récoltes à sécuriser, sol à couvrir : le mois où l'on prépare le printemps suivant bien plus qu'on ne le croit.

Le potager en septembre : ce qu'il reste à semer et ce qu'il faut préparer

Septembre a mauvaise réputation au potager : la saison des tomates s’achève, le jardin se vide, on range. C’est une lecture qui fait perdre la moitié de l’intérêt du mois.

Ce qui se joue en septembre, c’est le printemps suivant — et il reste plus de semis possibles qu’on ne l’imagine.

Ce qu’on peut encore semer

Le sol est encore chaud et la lumière suffisante : c’est une fenêtre favorable, à condition de ne pas la laisser passer.

CultureSemisRécolte
MâcheTout le moisHiver, jusqu’au printemps
ÉpinardDébut à mi-moisAutomne puis reprise au printemps
RoquetteTout le moisSix à huit semaines après
Radis d’hiverDébut de moisFin d’automne
Cerfeuil, persilTout le moisHiver sous protection
Laitue d’hiverDébut de moisPrintemps
Navet d’automneDébut de moisFin d’automne

Le calendrier se décale selon la région : en début de mois dans le Nord et l’Est, jusqu’à la fin du mois sur le pourtour méditerranéen. Le principe de régionalisation est développé dans le calendrier des semis par région.

Un point pratique : les semis de septembre lèvent vite si le sol reste humide. Un arrosage régulier les premiers jours fait toute la différence, comme le rappelle arroser son potager.

Le geste qui compte le plus : couvrir le sol

C’est l’action de septembre dont l’effet se mesure le plus nettement l’année suivante, et c’est celle qu’on néglige.

Un sol nu pendant six mois d’hiver se tasse sous la pluie, perd ses éléments nutritifs par lessivage, et voit sa vie microbienne s’effondrer. Au printemps, il est compact, gris, et demande un travail que personne n’avait prévu.

Trois façons de le couvrir, selon la planche.

Le paillage organique. Feuilles mortes, tontes séchées, paille, broyat. C’est la solution la plus simple et la moins coûteuse : les sources gratuites sont listées dans le paillis naturel au potager.

L’engrais vert. Semé maintenant sur une planche qui se libère, il couvre le sol, capte les éléments nutritifs avant qu’ils ne partent, et structure la terre par ses racines. Phacélie et moutarde poussent vite ; seigle et vesce tiennent tout l’hiver.

Une culture d’hiver, quand la planche est destinée à la mâche ou aux épinards. Elle joue le même rôle de couverture tout en produisant.

Ce qu’il faut éviter : la bâche plastique opaque laissée tout l’hiver. Elle empêche la pluie de pénétrer, prive le sol d’air et n’apporte aucune matière organique.

Préparer les cultures de l’année prochaine

Deux chantiers se lancent en septembre et se récoltent en été.

L’ail et l’oignon d’hiver. Les plantations se font plutôt d’octobre à décembre selon les régions, mais septembre est le mois de la préparation : commande des caïeux, et surtout préparation de la planche. Ces cultures redoutent l’excès d’humidité hivernale bien plus que le froid : il leur faut un sol drainant, surélevé si nécessaire, et surtout pas d’apport de matière fraîche.

Les fraisiers. Septembre est la meilleure période pour planter ou repiquer les stolons : ils s’enracinent avant l’hiver et produisent dès le printemps suivant.

C’est aussi le moment de penser à la rotation de l’année à venir, pendant qu’on se souvient encore de ce qui était où. Un plan noté maintenant vaut mieux qu’un effort de mémoire en mars : voir la rotation des cultures et le plan du potager.

Ce qu’il faut sécuriser avant les pluies

Les dernières tomates. Dès que les nuits fraîchissent, le mildiou progresse. Récoltez les fruits qui commencent à tourner et laissez-les mûrir à l’intérieur plutôt que de les perdre. Voir comment planter les tomates cerises pour la conduite de la culture.

Les courges. Récoltez avant les premières gelées, avec un morceau de pédoncule, et laissez-les ressuyer une dizaine de jours dans un endroit sec avant de les stocker.

Les haricots à sécher et les graines que vous souhaitez conserver : il faut qu’ils sèchent complètement avant l’humidité d’octobre.

Le compost. Septembre fournit une masse de matière : fanes, résidus de culture, feuilles. C’est le meilleur moment pour équilibrer le tas entre matières vertes et brunes, comme l’explique réussir son compost. Écartez les résidus visiblement malades, en particulier ceux atteints de mildiou.

Le nettoyage, avec mesure

On a tendance à tout arracher et à laisser le terrain propre. Ce n’est pas idéal.

Retirez les plants malades, les fruits pourris au sol, et les adventices montées à graine — sinon vous ressemez pour l’an prochain, sujet traité dans les mauvaises herbes au potager.

Laissez les racines des légumineuses en terre : elles restituent de l’azote. Laissez aussi quelques zones un peu sauvages en bordure : elles abritent les auxiliaires qui vous serviront au printemps.

Coupez au ras plutôt que d’arracher, quand c’est possible. Les racines qui se décomposent en place structurent le sol mieux qu’un bêchage.

Et sous serre

Septembre prolonge nettement la saison sous abri : les semis d’automne y lèvent mieux et les dernières cultures d’été y tiennent plus longtemps. C’est aussi le moment de nettoyer les parois pour récupérer de la lumière avant l’hiver, et d’aérer largement les journées douces pour limiter les maladies. Voir le potager en serre.

Récupérer ses propres graines

Septembre est le mois où l’on récolte ce qu’on ressèmera. C’est gratuit, formateur, et cela demande de savoir ce qu’on peut garder.

Ce qui se récupère facilement : haricots, pois, laitues, tomates, courges, aubergines, poivrons. Ce sont des plantes majoritairement autogames, dont la descendance ressemble au parent.

Ce qui se récupère mal : les courges entre elles se croisent volontiers, et une courgette voisine d’un potiron donne l’année suivante des fruits imprévisibles — parfois amers, et l’amertume prononcée d’une courge doit conduire à ne pas la consommer.

Ce qui ne se récupère pas : les variétés hybrides, souvent notées F1 sur le sachet. Leur descendance ne reproduit pas les caractéristiques du parent.

La méthode générale : laisser mûrir complètement sur pied, récolter par temps sec, nettoyer, sécher longuement à l’ombre et à l’air, puis stocker au sec et au frais dans un contenant étiqueté avec l’année. Une graine mal séchée moisit ou perd sa faculté germinative.

Le sol : ce qu’on fait et ce qu’on ne fait pas

Septembre est traditionnellement le mois du « gros bêchage d’automne ». C’est une pratique qui se discute sérieusement.

Retourner profondément un sol en automne l’expose au lessivage pendant tout l’hiver, détruit la structure construite par les racines et les vers, et enfouit la vie de surface en profondeur où elle ne fonctionne plus.

L’alternative qui fait consensus aujourd’hui : décompacter sans retourner, à la grelinette ou à la fourche-bêche, uniquement là où c’est nécessaire, puis couvrir. Le bénéfice est développé dans pourquoi utiliser la grelinette.

Sur un sol très lourd et gorgé d’eau en hiver, un ameublissement automnal reste défendable — mais couvrez-le, ne le laissez pas nu.

Ce qu’il faut ranger et vérifier

Le mois se prête aussi à l’entretien de ce qui a servi tout l’été.

Les outils : nettoyer, affûter ce qui coupe, huiler les parties métalliques avant l’hiver. Un sécateur rangé sale et humide sort rouillé au printemps.

Les tuteurs et filets : les rentrer plutôt que les laisser dehors, ils durent trois fois plus longtemps.

Le système d’arrosage : purger avant les gelées, en particulier les goutte-à-goutte dont les goutteurs éclatent au gel.

Les protections : vérifier voiles et tunnels avant d’en avoir besoin, plutôt qu’au premier gel annoncé.

C’est aussi le moment de faire le bilan de la saison pendant qu’on s’en souvient : ce qui a marché, ce qui a été semé trop tard, ce qu’on ne refera pas. Ces notes valent plus que n’importe quel calendrier générique l’année suivante. Et si vous êtes au nord de la Seine, la suite se joue vite : le potager en octobre dans le Nord explique pourquoi la fenêtre de semis s’y ferme sur la lumière, fin octobre, et non sur la première gelée.