Saisons et Calendrier

Quand planter les arbres fruitiers : la bonne fenêtre selon le type de plant

Racines nues de novembre à mars hors gel, conteneur presque toute l'année : quand planter un arbre fruitier, pourquoi l'automne gagne, et comment ne pas rater le trou.

Quand planter les arbres fruitiers : la bonne fenêtre selon le type de plant

Un arbre fruitier se plante pendant le repos de la végétation, de la chute des feuilles en novembre jusqu’au réveil des bourgeons en mars, les jours où la terre n’est ni gelée ni gorgée d’eau. Dans cette fenêtre, l’automne l’emporte : la terre encore tiède permet aux racines de s’installer pendant l’hiver. Le type de plant change ensuite tout : un arbre à racines nues ne supporte que cette période, un arbre en conteneur accepte presque toute l’année.

Racines nues, motte ou conteneur : trois calendriers

La question « quand planter ? » dépend d’abord de la façon dont l’arbre est vendu. Un même pommier ne se plante pas à la même date selon qu’il arrive avec les racines à l’air ou dans un pot. C’est la protection des racines qui fixe la fenêtre.

Type de plantPériode de plantationCe qui la limiteReprise
Racines nuesDe la chute des feuilles (novembre) au débourrement (mars)Les racines ne tolèrent l’air que pendant le repos végétatifTrès bonne si la plantation est rapide
En motte (racines dans une boule de terre emballée)De l’automne à la fin de l’hiverLa motte doit rester entière et humideBonne
En conteneurPresque toute l’annéeGel, sécheresse et fortes chaleursBonne, mais arrosage plus long

Les racines nues sont la forme la plus classique en pépinière fruitière. L’arbre a été arraché pendant son repos, les racines nettoyées de leur terre. Il coûte en général moins cher, se transporte facilement et reprend très bien, à condition de ne pas laisser sécher les racines entre l’arrachage et la plantation.

Le conteneur donne plus de souplesse, puisque les racines restent dans leur substrat. Mais cette souplesse a un prix : un arbre planté en mai ou en juin devra être arrosé tout l’été, parce que ses racines n’ont pas encore exploré le sol autour du trou. Même en conteneur, l’automne reste donc la meilleure saison.

Pourquoi l’automne gagne

Le dicton dit qu’à la Sainte-Catherine, tout bois prend racine. La Sainte-Catherine tombe le 25 novembre, au cœur de la période idéale. Ce n’est pas une règle botanique, mais le proverbe résume bien ce que les jardiniers constatent depuis longtemps.

En novembre, la partie aérienne de l’arbre dort : les feuilles sont tombées, il ne perd presque plus d’eau. Sous terre, en revanche, le sol a gardé une partie de la chaleur de l’été. Les racines continuent alors de se développer lentement, tant que la terre n’est pas gelée. Un arbre planté à l’automne a donc pris de l’avance quand il débourre au printemps.

Le deuxième avantage est l’eau. Les pluies d’automne et d’hiver humidifient le sol en profondeur et tassent la terre contre les racines sans intervention. Un arbre planté en mars, au contraire, aborde ses premières chaleurs avec un système racinaire à peine installé, et dépend de l’arrosoir.

Enfin, c’est en automne que les pépinières proposent le plus grand choix de variétés en racines nues. Les commandes partent en général à partir de novembre, quand les arbres peuvent être arrachés sans dommage.

Les cas où l’on attend la fin de l’hiver

L’automne n’est pas toujours la bonne réponse. Deux situations justifient de décaler la plantation vers février ou mars.

  • Un sol lourd, argileux et froid, qui reste détrempé tout l’hiver. Des racines plantées dans une terre gorgée d’eau risquent de pourrir avant même d’avoir poussé. On attend que le sol se ressuie à la sortie de l’hiver, ou on plante sur une légère butte.
  • Les espèces sensibles au froid dans les régions aux hivers rudes : figuier, abricotier ou pêcher dans l’est ou en altitude, par exemple. Un jeune arbre mal enraciné supporte moins bien un hiver froid qu’un sujet installé. Le planter à la fin de l’hiver lui évite cette première épreuve.

Dans tous les cas, on respecte la même limite : jamais dans un sol gelé, jamais dans une boue collante. Un test simple consiste à prendre une poignée de terre et à la serrer. Si elle forme une boule qui colle aux doigts et ruisselle, il est trop tôt. Si elle s’effrite, on peut planter.

Quand l’arbre arrive un jour de gel, on le met en jauge : on creuse une petite tranchée, on y couche les racines en biais et on les recouvre de terre meuble. L’arbre patiente ainsi plusieurs semaines sans dommage, en attendant le redoux. Il ne doit jamais rester les racines à l’air dans un garage chauffé.

Planter le jour J : les gestes qui décident de la reprise

La date choisie ne sert à rien si la plantation est bâclée. Les étapes sont simples, mais chacune compte.

  1. Creuser large plutôt que profond. Le trou doit accueillir les racines étalées sans les plier, en général deux à trois fois le volume du système racinaire. On ameublit le fond et les parois avec une fourche ou une grelinette, pour que les racines ne butent pas sur une paroi lissée.
  2. Planter le tuteur avant l’arbre, côté vent dominant. Enfoncé après coup, il risque de blesser les racines.
  3. Préparer les racines nues. On coupe l’extrémité des racines abîmées ou cassées, puis on les trempe dans un pralin, une bouillie de terre et d’eau à laquelle on ajoute souvent de la bouse. Il enrobe les racines et les protège du dessèchement.
  4. Garder le point de greffe hors de terre. Ce bourrelet à la base du tronc marque la jonction entre la variété et le porte-greffe. Enterré, il permet à la variété de s’enraciner elle-même et fait perdre l’effet du porte-greffe sur la vigueur de l’arbre.
  5. Reboucher avec la terre du trou, en séparant si possible la terre de surface, plus riche, pour la remettre au contact des racines. On secoue légèrement l’arbre pour que la terre descende entre les racines, puis on tasse au pied.
  6. Arroser copieusement, même s’il pleut. L’arrosage de plantation sert surtout à plaquer la terre contre les racines et à chasser les poches d’air.

Le fumier frais ne va jamais au contact des racines : il les brûle. Un compost bien mûr peut être mélangé à la terre de surface, ou étalé au pied après la plantation. On termine par un paillis sur un mètre de diamètre environ, qui limite l’herbe concurrente et garde la fraîcheur.

Laisser la bonne place à chaque arbre

Planter au bon moment, c’est aussi planter au bon endroit, parce qu’un arbre fruitier ne se déplace plus. L’espace à prévoir dépend surtout de la forme de l’arbre, elle-même liée à la vigueur du porte-greffe.

FormeHauteur du tronc avant les branchesEspacement indicatif entre arbres
Haute-tigeenviron 1,80 m et plus7 à 10 m
Demi-tigeenviron 1,20 à 1,50 m5 à 6 m
Basse-tigeenviron 0,50 à 0,80 m3 à 4 m
Formes palissées (cordon, palmette)variable1 à 3 m le long d’un mur ou d’un fil

Ces espacements sont des ordres de grandeur courants : la fiche du pépiniériste pour la variété et le porte-greffe choisis fait foi. Un porte-greffe nanisant tient dans un petit jardin ; un porte-greffe vigoureux donnera un grand arbre qui ombragera le potager pendant des décennies. La même réflexion vaut pour une haie : avant de planter des cyprès de Provence, comptez l’espacement et les 2 m à respecter depuis la limite du voisin.

Pensez enfin à l’ombre portée. Un fruitier planté au sud de vos planches de légumes leur prendra la lumière en quelques années. Placé au nord ou en bordure, il s’intègre au plan du potager sans le concurrencer. Et si vous préparez d’autres plantations d’automne en même temps, le calendrier du potager en octobre liste ce qui peut se faire dans la même sortie.

Le premier hiver et le premier été

Après la plantation, l’arbre n’a plus besoin de grand-chose pendant l’hiver. On vérifie seulement que le lien du tuteur ne serre pas l’écorce et que le vent n’a pas déchaussé le pied après une tempête.

Le vrai test arrive au premier été. Même planté en novembre, un jeune arbre a besoin d’arrosages profonds et espacés pendant les périodes sèches de sa première, voire de sa deuxième année. Mieux vaut un arrosage abondant tous les huit à quinze jours, selon la météo et le sol, que de petits apports quotidiens qui n’humidifient que la surface.

La taille de formation, qui donne sa charpente à l’arbre, se fait en général à la fin de l’hiver suivant la plantation. Elle dépend de l’espèce et de la forme visée ; un pépiniériste peut indiquer la coupe adaptée à l’arbre vendu.